Si vous voulez installer une pompe à chaleur aujourd’hui, le ralentissement du marché ne change presque rien à ce qu’un installateur pourra vous proposer sur le terrain : ni rupture de matériel, ni hausse de prix liée à la demande. 941 250 pompes à chaleur aérothermiques (759 500 en air/air, 181 750 en air/eau) ont tout de même trouvé preneur en France en 2025, à peine 0,3 % de plus qu’en 2024 selon le baromètre annuel du secteur. Le marché a calé net après le pic de 1 167 000 unités vendues en 2023.
Le marché a calé net en 2025
Deux causes expliquent ce coup de frein, et aucune ne tient à la technique. D’abord, l’instabilité de MaPrimeRénov’ : le parcours rénovation globale du dispositif a connu une suspension temporaire à l’été 2025, le temps que l’État révise ses règles, avant de rouvrir avec de nouvelles conditions, dont la sortie programmée du mono-geste que nous avons détaillée par ailleurs. Même les dossiers mono-geste restés éligibles sur le papier ont subi l’incertitude d’un budget consommé à 80 % dès mai 2025 : un foyer qui montait un dossier s’est retrouvé dans le flou, sans savoir si l’aide serait toujours au rendez-vous à la reprise. Ensuite, le contexte économique général a pesé : factures qui montent, pouvoir d’achat sous tension, les ménages ont reporté les dépenses qui pouvaient attendre, et une pompe à chaleur en fait partie tant que la chaudière en place tient encore la route.
Ces chiffres proviennent du baromètre annuel que publie Observ’ér, qui recense chaque année les ventes du secteur. La géothermie, elle, s’en sort un peu mieux : 3 140 unités vendues en 2025, en hausse de 4 %. On lit parfois qu’elle serait au point mort depuis 2017 ; les chiffres disponibles ne confirment pas cette stagnation, la tendance récente est plutôt à une légère progression sur un segment qui reste de toute façon marginal face à l’aérothermie.
Ce que ce ralentissement change, et ce qu’il ne change pas, pour vous
Un marché qui recule n’est pas un signal d’alarme sur le matériel. Rien n’indique une pénurie de pompes à chaleur ni une hausse de prix liée à la demande : les capacités de production des fabricants dépassent largement les besoins français actuels. Ce qui bouge, c’est le calendrier et les règles de l’aide publique, pas la disponibilité du matériel ni le savoir-faire des installateurs.

En trente ans d’installations, j’ai plus souvent vu des carnets de commandes trop pleins faire grimper les délais que l’inverse. Un marché qui ralentit, c’est plutôt le moment où un installateur sérieux a de la disponibilité dans son planning, et parfois une vraie marge de négociation sur le devis, faute de clients qui se bousculent. Ça ne dispense pas de comparer plusieurs devis ni de vérifier le dimensionnement proposé, ça change seulement le rapport de force au moment de signer.
Ce qui arrive derrière : l’électrification du chauffage est déjà actée jusqu’en 2030
La stagnation de 2025 n’efface pas une trajectoire déjà posée par les textes officiels. La troisième Stratégie nationale bas-carbone (SNBC3), adoptée le 15 juillet 2026, fait de l’électrification des usages le premier levier de baisse des émissions françaises, devant la biomasse et l’efficacité énergétique. Le chauffage électrique, pompe à chaleur en tête, en est une pièce centrale.
Le plan « Électrifions la France », présenté à l’Élysée le 26 mai 2026, chiffre l’ambition : un rythme d’un million de pompes à chaleur installées par an à partir de 2030, pour faire passer le parc français d’environ 3 millions d’appareils en 2023 à près de 9 millions à cette échéance. Volet plus concret pour un particulier : une offre intégrée associant matériel, pose, entretien et financement, portée par six consortiums lauréats (dont des offres EDF et Octopus Energy x Effy), a été lancée au quatrième trimestre 2026 : précommandes ouvertes depuis le 1er octobre, premières installations à partir de novembre.
Ce sont des objectifs actés par décret et par un plan gouvernemental présenté publiquement, pas des promesses en l’air. Ils ne garantissent pas pour autant que le marché reparte dès 2027 : la montée en charge d’une politique publique prend toujours plus de temps que son annonce.
Faut-il attendre, ou avancer maintenant ?
Il n’y a pas de réponse universelle, seulement trois critères à croiser avec votre situation. Le premier, c’est l’état de votre chauffage actuel : une chaudière qui tombe en panne en plein hiver ne laisse pas le temps d’attendre une hypothétique aide plus généreuse en 2027. Le second, c’est votre éligibilité aux aides telles qu’elles existent aujourd’hui : un dossier qui passe maintenant vaut mieux qu’un pari sur des règles encore à écrire. Le troisième, c’est la disponibilité des artisans RGE près de chez vous, elle-même sous tension depuis la suspension temporaire du label RGE décidée en octobre 2026 : dans certaines zones, trouver un installateur certifié disponible rapidement reste plus compliqué que ne le laisse penser un marché qui recule au niveau national.
Le test du devis reste le même quel que soit le calendrier : un professionnel qui ne parle pas de calcul de déperditions avant de vous proposer une puissance, on le met de côté. Si votre matériel actuel tient encore, le calcul le plus simple reste d’avancer sur un dossier éligible aujourd’hui plutôt que de spéculer sur ce que vaudra l’aide en 2027. Et quel que soit le moment choisi, faites établir deux ou trois devis chiffrés avant de signer : un marché calme n’empêche pas les écarts de prix.
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